Qu’est-ce qu’une PIG ?

Le concept de PIG – à savoir photo d’intérêt géographique – est né aux environs de 2002. J’habitais alors Lyon et j’avais si peu de trésorerie que le voyage le plus exotique que j’ai pu faire, c’est prendre un billet de TER pour Saint Chamond. Pas de voyages lointains, ce qui est un peu problématique quand on a opté pour la profession qui est la mienne, où le voyage est essentiel. Il y a de la beauté partout mais la beauté lointaine a un attrait particulier. Les grands géographes savent raconter leur passage dans les lieux qu’ils ont cherché à comprendre. Ils montrent leur familiarité avec les sites par leur maîtrise des noms. La géographie commence probablement avec l’attrait pour le nom des lieux, avant les lieux eux-mêmes.

Mais les lieux, il faut bien les prendre en photo. D’où cette requête à mes amis voyageurs : prenez des photos pour moi ! Mais quelles photos ? était l’invariable réponse. Comment préciser ce qui fait l’intérêt géographique d’une photo ?

La réponse est largement ouverte, et je dirais, sans me mouiller, qu’une PIG réussie est d’abord une photo réussie. Mais elle est aussi plus que ça, parce qu’elle montre des éléments signifiants pour la compréhension d’un lieu. La PIG éclaire le lieu, sans nécessairement l’expliquer tout entier. Une PIG est toujours à la fois explicite (dans sa localisation, sa datation, sa légende) et implicite, en ce qu’elle est, aussi, à sa manière, une œuvre d’art, mais au sens dix-huitième siècle : le résultat d’une pratique technique, signifiante et belle.

Depuis, j’ai entrepris de pratiquer moi-même l’art de la PIG. La PIG ci-dessus a été prise à Madagascar en septembre 2006 [Canon A75 à f5.6, 1/320s, ISO100 : pour une discussion des machines à pigs, voir ce post]. Elle montre une partie du Massif de l’Isalo, qui se situe dans le centre-sud de Madagascar. L’Isalo (prononcé Ishal) est un spectaculaire relief de faille, qui s’établit comme une véritable muraille devant l’horizon. Le grès se comportant en éponge, la muraille est percée de canyons profonds, creusés par la concentration des eaux dans des lignes de faiblesse de la structure (faille par exemple). On voit sur la photo le canyon des Makis, qui est le plus connu (car le plus accessible de la ville voisine de Ranohira). La présence de l’eau est un élément majeur dans cet environnement semi-aride et explique le vert éclatant de la rizière irriguée que l’on voit au premier plan. Les paysages de rizières singularisent Madagascar parmi les pays africains. La culture du riz est un héritage culturel des migrants asiatiques qui se sont installés dans l’île à une date immémoriale. Néanmoins, on voit aussi que la forme et le niveau technique de la rizière sont frustes : la productivité (et le coût) très faibles du travail à Madagascar, les faibles rendements rizicoles dans cette zone relativement élevée n’incitent pas à investir dans du matériel, si jamais la possibilité en était offerte aux paysans.

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