Dark archival matter

Avec le printemps reviennent les hirondelles, et les demandes de dérogation pour la consultation des archives nationales. J’avais identifié en septembre un certain nombre de cartons d’archives qui m’intéressaient aux AN, où je ne suis jamais allé (je connais bien en revanche les archives municipales de Thionville). La base PRIAM3 permet de plonger, à partir de mots clés, dans toutes les archives récentes. Parmi les cartons auxquels j’avais demandé l’accès le 21 septembre 2011, je n’ai obtenu, le 12 avril 2012, l’autorisation de n’en consulter qu’environ la moitié. J’ai deux mois pour formuler un recours auprès de la Commission d’accès aux documents administratifs mais j’ai peu d’espoir étant donné la motivation du refus qui m’a été opposé. J’avais eu le même problème en Lorraine quand j’avais demandé des cartons relatifs à la politique régionale en matière de pollution industrielle de l’eau. Finalement, j’avais eu gain de cause sans avoir à faire une demande officielle à la CADA – les dossiers en question n’étant pas d’une sensibilité extrême. Le problème est renforcé par le caractère composite de certains cartons, qui contiennent des dossiers d’inégale sensibilité. Il est techniquement possible de n’obtenir communication que de quelques dossiers d’un carton mais cela ralentit le processus d’autorisation. En tout état de cause, je suis impatient de me plonger dans ces cartons. La densité des archives en fait un matériau extraordinaire pour comprendre rapidement une situation.

Pays administratif, pays réel

Alors que nous apprêtons à repartir en Egypte à la fin de la semaine qui vient, j’ai regardé les conseils aux voyageurs de l’Ambassade de France. Le ton est étonnamment peu alarmiste et j’ai été très intéressé de trouver une représentation cartographique des recommandations. On voit que l’Egypte « recommandable » ne constitue qu’une minorité du territoire – et que nous nous dirigeons vaillamment vers la zone orange (sans que cela nous inquiète outre mesure d’ailleurs). Le triangle de Hala’ib (la zone au sud-est du pays, en hachures, à la souveraineté contestée entre l’Egypte et le Soudan) n’est pas déconseillé. Cette représentation du risque par zone est intéressante, car elle donne à penser que les aléas se déploient uniformément au sein des zones, alors que notre expérience de l’année dernière montre qu’en situation volatile, ce sont les éléments « à haute fréquence » davantage que les tendances de fond qui ont une capacité à faire déraper la situation. Nous étions bien plus en sécurité planqués à Assiout que sur la route autour de Louxor. De ce fait, quelle est ici l’échelle de la recommandation?

 

L’obsession française

Un article du Guardian, ce matin, m’a fait sourire. Il existe dans le monde anglophone tout un genre de littérature vouée à un but unique: élucider le fond du fond de la psyché française. Et plus spécifiquement, de la femme française. Dans le désordre, on lira avec profit:  French women don’t get fat, How To Dress Like A French Woman, What French Women Know: About Love, Sex, and Other Matters of the Heart and Mind, All You Need to Be Impossibly French, French Women Don’t Sleep Alone, French Women for All Seasons, Entre Nous: A Woman’s Guide to Finding Her Inner French Girl. Les hommes français sont moins populaires. Ils font les méchants et les escrocs dans le genre très nourri des « expériences de vie » en France, écrites par des expatriés, des retraités ou des jeunes Américains « on their European journey of spiritual growth », selon l’expression très juste de mon ami Shane. En France, la vie quotidienne est toujours exotique, incongrue, irrationnelle, les codes sociaux en vigueur dans les pays anglophones (pour autant qu’on puisse généraliser) n’ont plus cours, mais la nourriture est toujours excellente et c’est bien connu, tout finit toujours par des chansons. Le plus connu, le modèle du genre est bien sûr A year in Provence de Peter Mayle (et ses suites) et le fameux A year in the merde de Stephen Clarke.

L’article du Guardian faisait un compte-rendu d’un nouveau front dans ce champ déjà nourri: le French parenting. Là, le précédent est plutôt chinois, avec le succès bizarre en 2010 de Battle Hymn of the Tiger Mother, d’Amy Chua, qui expliquait que les Américains ne savaient pas éduquer leurs enfants. Le secret de la réussite éducative chinoise? Exiger toujours plus de ses enfants et être avare de compliments. D’après ce qu’on peut juger du livre, on retrouve un peu cette thématique chez Pamela Druckermann, French children don’t throw food. Le coeur de la méthode éducative française? « Apprendre à ses enfants à vivre avec leurs frustrations ». J’ai hâte de regarder ce nouvel opus.

Régis et moi

Régis et moi, on a deux trois points communs. Des petites choses. Par exemple, on a tous les deux un blog. Un blog, c’est de la pensée en gratons. Les gratons, c’est un amuse-gueule lyonnais, pour les pauvres qui ne connaîtraient pas. C’est des petits morceaux de gras de porc frit. Ca croque, c’est salé, ça distrait, ça amuse la bouche. C’est pas très nutritif, les gratons, mais c’est pas le but. Les mômes adorent. Les vieux, qui ne peuvent plus trop en manger, s’en souviennent. Le graton, il sert à se rappeler qu’on a des papilles. Régis, dans son blog, il s’en donne à coeur joie. Il gratonne sec. Son dernier billet, à Régis, il s’appelle Du bon usage des catastrophes. C’est un gros graton, parce que y’a de la texture, de l’auteur et de la référence en pagaille, pour assaisonner. Et de la référence bien relevée, pas de la fade, pas de la morne, de la référence qui pique et qui acidule. Le sel, ça fait ressortir le sucre dans les biscuits et Régis, ça ne lui a pas échappé, le tour de main, le petit truc des chefs. Alors pour son graton, il combine, il oppose, il provoque. Feydeau et Lucrèce. L’Apocalypse et Christophe Barbier. Et puis, pour qu’on l’accuse de rien, de fourguer des trucs indigestes, qu’il aurait frits un peu vite dans sa friteuse en tôle étamée, il fait le modeste. Oh, j’invente rien. Oh, je suis un retraité et ce graton, c’est le graton du souvenir, celui du loisir utile, du loisir pas dupe. Bon, en même temps, c’est un peu malheureux, cette affaire, parce que les catastrophes, il y a fort à penser que c’est pas simplement un artifice rhétorique. Les catastrophes, ça existe. Ca tue des gens, ça bousille l’environnement. Alors bien sûr, y’a des affaire de posture. Régis, ça l’énerve l’Apocalypse. C’est déjà bien assez compliqué comme ça, le monde, alors si en plus on nous rajoute une couche d’apocalypse, ya basta. C’est finalement pas l’Apocalypse, qui l’énerve, qui l’éreinte, Régis, c’est ceux qui se font une profession de l’annoncer. Les prophètes. Voilà: le billet de Régis, il sert à démasquer les faux prophètes. Alors nous, on pense un peu bêtement que le prophétisme, c’était quelque chose de passé, un peu papier bible. Mais non, nous dit Régis, le prophétisme est à la mode! Surtout le faux prophétisme! Et là, subitement, Régis nous enlève les écailles des yeux. Chtoc, il fait. Le faux prophète, c’est René Girard. On se demande bien ce qui se passe, ce qu’il a bien pu faire, René Girard, pour se faire enfoncer un graton au fond du gosier, et surtout, ce qu’il a à voir avec les catastrophes. Mais c’est pas là l’important. L’important, c’est que ça fait durer le plaisir. Un graton qui dure, ça c’est nouveau, parce que le graton, il est plutôt du genre éphémère, vous voyez? Bon, on verra bien ce que ça donnera, du point de vue longévité, ce billet de 107 pages.

Du bon usage des catastrophes, de Régis Debray, est publié chez Gallimard, collection NRF.

Petit lait

« L’efficacité de l’agence financière de bassin s’est trouvé diminuée par la nécessité dans laquelle elle se trouvait de se faire accepter des autres acteurs du bassin: c’est encore la rivière qui fit les frais de la répugnance de l’Administration à appuyer des politiques publiques environnementales non consensuelles. »

RjG, « L’établissement d’un consensus contre la rivière », chapitre 10 de La pollution industrielle de la Moselle française, 2005, p.  317

« D’autre part, la recherche systématique du consensus peut éloigner la décision de l’optimum environnemental. Ainsi, la volonté du comité de bassin de Rhône-Méditerranée-Corse de contenir la progression des redevances a-t-elle eu des effets malthusiens sur les interventions. »

Rapport public annuel de la Cour des Comptes, « Les instruments de la gestion durable de l’eau », 2010, p. 634

 

Uranium

L’ « actualité » de l’uranium (comme disent les médias) est décidément très dense en ce moment. Confirmant une montée en puissance marquée depuis 2008, le Kazakhstan s’est maintenant fermement établi comme premier producteur mondial de minerai d’uranium. D’après World Nuclear News, le site d’informations nucléaires publié par la World Nuclear Association, le Kazakhstan a produit plus de 17000 tonnes d’uranium en 2010 (sur une production mondiale de 53000 tonnes, un record depuis le début des années 1990). Dans le même temps, on apprend que l’activité d’Areva a été tirée par les activités mines/amont du cycle, rendues. Il n’est peut-être pas impossible de voir une corrélation entre ces deux évènements, Areva ayant fortement développé sa présence au Kazakhstan ces dernières années.