Géopiété

Lors de la royale semaine de vacances que je me suis octroyé mi-juillet dans le sud-ouest de l’Angleterre, j’ai eu l’occasion de discuter du concept de « geopiety », assez répandu en Amérique du nord. Jeff l’évoquait à propos de ses traversées motocyclistes solitaires aux USA (dites traversées « no country for the old men »), où le contact avec les lieux est intense et renforcé encore par la pratique du camping. Sous la plume de Yi-Fu Tuan, la géopiété a partie liée aux pratiques de géomancie utilisées en Orient (et ailleurs) pour sélectionner l’endroit approprié à la fondation d’une ville ou à l’implantation d’un bâtiment, voire la configuration même du bâtiment ou de l’appartement (Valérie Gelézeau a des pages extraordinaires sur la manière dont les Coréens ont réinterprété l’architecture des grands ensembles importés d’Occident dans un sens géo-pieux). Au-delà de la dimension architecturale, « geopiety » désigne aussi la relation diffuse et personnelle que les femmes et les hommes entretiennent avec des lieux particuliers, une sorte de phénoménologie de l’attachement à un endroit comme support d’une identité (les « lieux de mémoire ») et comme expérience spirituelle de la totalité, de la communion avec la nature (ou la culture), ce genre de choses. En ce sens, la géopiété ne s’exprime pas uniquement sur des lieux connus: la familiarité n’est pas une condition nécessaire de son émergence. D’autre part, la géopiété n’est pas non plus nécessairement une piété collective. L’esprit souffle peut-être sur les lieux (Barrès), mais pas nécessairement pour tout le monde. Cela dit, il est incontestable que la colline de Sion, dite « colline inspirée » est un endroit vraiment étrange. Mes souvenirs de Sion dans mon enfance lorraine se résument surtout aux « étoiles » de Sion, que nous échangions à la récré contre des billes — les « étoiles » étant des fossiles de crinoïde. Plus nets sont mes souvenirs du Mont Saint Odile, qui pour le coup, est VRAIMENT très étrange (et que les Japonais implantés en Alsace affectionnent particulièrement, d’ailleurs).

Le sud-ouest de l’Angleterre possède quelques-un de ces lieux un peu spéciaux. Je passe rapidement sur Tintagel, envahi de touristes et où « le Roi Arthur » est surtout le nom de multiples débits de cervoise tiède. En revanche, la côte du North Devon est magnifique, et les hêtres de la forêt d’Exmoor en particulier ont quelque chose d’étrange.

 

On s’attendrait presque à voir un hobbit faire une roulade à l’arrière-plan.

Shrink, shrunk, shrunk

J’étais à Leipzig le week-end dernier pour rendre visite à Daniel et travailler un peu à nos histoires australes. La ville est complètement fascinante. Elle est belle et vide. Et tout ça, parce qu’elle shrinke. Comme Detroit, comme Liverpool, comme d’autres villes encore, la ville de Leipzig a perdu des habitants depuis le début des années 1990. Massivement. 200 000 âmes (sur 700 000) ont décidé d’aller faire leur vie ailleurs quand les entreprises industrielles qui formaient le tissu économique de la ville du temps de la RDA ont été fermées.

Depuis, la ville sommeille et essaie de se réinventer. Les bâtiment splendides, mais à l’abandon, sont réinvestis par des artistes. Ceux qui sont vraiment trop décrépis (les bâtiments pas les artistes) sont détruits et les parcelles transformées en espaces verts, en installations d’artistes… L’ambiance est irréelle. Marcher dans cette ville perforée, faire du vélo dans de larges avenues désertes et silencieuses, parmi les effluves des tilleuls omniprésents est fantastique. La différence avec Sheffield est criante. Là où les Britanniques s’empressent de lotir la moindre parcelle, les Allemands tentent de penser le vide urbain et d’inventer de nouveaux usages des lieux. Avec plus ou moins de succès, selon Daniel.

Sociologie de la transparence

Un récent post de Baptiste sur le concours Sciences sociales de l’ENS « got me thinking ». Je trouve très intéressante la démarche de Baptiste à propos des concours de recrutement des maîtres et maîtresses de conférence et des fonctionnaires stagiaires de l’ENS, qui cherche à donner aux candidats des informations sur la nature des procédures utilisées par les jurys. Cette stratégie du dévoilement apporte des informations cruciales sur la logique, légitime ou non, qui préside à la sélection et sur son organisation pratique.

Je suis frappé de la disproportion qui existe actuellement entre la collecte d’informations sur les personnes (où l’individu social est mis en fiche, filmé, positionné dans un espace de variables administratives suivant son sexe, sa nationalité, sa profession, son domicile, son statut matrimonial et professionnel) et le peu de renseignements disponibles sur les modalités de la collecte et de l’usage de ces informations. Cette asymétrie dans l’information est lourde de menaces et d’injustices. Une des mes amies, issue du Commonwealth, s’est vu refuser un Visa Schengen à cinq reprises. Le vecteur des différentes variables qui définit mon amie dans l’espace administratif est complètement positif : elle a un emploi stable, elle peut voyager sans problème dans les îles Britanniques, aux USA et dans la plupart des pays du monde. Mais pas dans l’espace Schengen. La dernière fois, elle a demandé en définitive ce qu’on lui reprochait — une information qu’aucune ambassade n’est tenue de fournir, ce que je trouve absolument anormal. Un employé de l’ambassade de France lui a finalement dit « en off » que la France avait peur qu’elle établisse un trafic de médicaments avec son pays d’origine, ce qui, quand on connaît la personne, ne manque pas de sel.

Il me semble que toute extension des informations collectées par les administrations devrait s’accompagner d’une information proportionnellement croissante sur les procédures de collecte et d’utilisation de ces informations. La transparence des individus pour l’administration doit s’accompagner d’une transparence de l’administration pour les individus. Or, on sent bien que l’administration et les pouvoirs publics sont très réticents à laisser ainsi tout regard extérieur, qu’il soit sociologique ou citoyen, analyser leurs procédures de décision et de gestion des individus ou des situations.

L’Angleterre est un endroit paradoxal pour ces questions. D’une part, c’est l’Etat européen où la vidéosurveillance des espaces publics est la plus développée. Mais c’est un Etat qui n’a pas de document unifié d’identité (pas de carte d’identité, par exemple : quand je vais faire une opération sur mon compte bancaire, on ne me demande jamais de document d’identité, d’où la thématique récurrente du « vol d’identité » dans les journaux). Par ailleurs, en Angleterre, la transparence des décisions publiques n’est pas prise à la légère : les pouvoirs publics doivent annoncer, dans des livres blancs, leurs intentions. Mais cela a un effet tout à fait étonnant si on regarde plus précisément la logique de communication sur les procédures effectivement employées: au lieu que les administrations jouent le jeu de la transparence, elles sont incitées à dissimuler leur logique procédurale en évitant la mise par écrit des procédures, en les laissant dans le flou et surtout, en refusant toute communication sur celles-ci en dehors des pratiques de dévoilement explicitement prévues par la législation. La force de Greenpeace en Angleterre s’explique en partie par son usage expert des dites procédures (notamment le Freedom of Information Act), qui force l’administration à communiquer les documents qui détaillent les procédures de décision. L’administration, en retour, pour éviter de s’exposer à des contestations juridiques, affiche une transparence « factice » tout en dissimulant sa propre logique procédurale. C’est patent dans tout ce qui concerne le nucléaire, où la politique de la transparence a conduit les industries comme les pouvoirs publics à de plus en plus d’opacité sur la logique réelle de la prise de décision.

Pimm’s, Pride and Prejudice

Grande promenade hier dans les jardins palladiens de Chatsworth, qui est l’endroit où la BBC va tourner quand elle a besoin de fastueux décors XVIIIe siècle — style « Pride and Prejudice ». Chatsworth, qui est à environ 35 minutes de voiture de Sheffield, dans le parc national du Peak District, est effectivement très très chic.

 

La devise sur la façade à gauche du bâtiment (cf. photo) est « Cavendo Tutus »… référence aux Cavendish, les propriétaires de Chatsworth. Le job de M. Cavendish, c’est d’être duc du Devonshire. Ca doit être redoutable, comme travail. M. Cavendish a épousé une des soeurs Mitford, famille noble fort connue en Angleterre, notamment pour la proximité de certains de ses membres avec Adolf Hitler. Mme Cavendish est la tante de Max Mosley, boss de la Fédération Internationale de l’Automobile et fils de Oswald Mosley, le leader fasciste britannique des années 1930.

Je faisais la remarque à mes camarades qu’en France, les plus belles demeures sont passées sous le contrôle de l’Etat (sauf exception), la faute à un évènement important de la fin du XVIIIe siècle. La noblesse française aujourd’hui est un pâle reflet de la noblesse britannique, qui est à la fois beaucoup plus riche et beaucoup plus pragmatique. À Chatsworth (contrairement à Chantilly par exemple, qui appartient à l’Institut), la marchandisation de l’endroit est totale : l’accès aux jardins est payant, il y a au moins trois endroits où manger à l’intérieur même du domaine et la boutique se fera un plaisir d’écouler des babioles fabriquées par de petites mains chinoises et qui n’ont rien à voir avec le domaine (qu’est-ce que viennent faire des faux masques vénitiens dans le tableau?).

Cela dit, les jardins sont somptueux, avec une profusion végétale incroyable et des nuances de vert à l’infini. Idéal pour siroter de la Pimm’s Lemonade, avec des vrais bouts de concombre dedans.

Une légère odeur de goudron…

S’il y a bien un truc que je n’ai jamais aimé aux Etats-Unis, c’est l’odeur des shampooings du commerce. L’odorat est probablement le sens qui a le moins subi la mondialisation. Autant les images, les couleurs, les sons sont susceptibles d’être rapidement diffusés, autant les goûts et les odeurs sont beaucoup moins facilement exportables tels quels. Il est bien connu que les cuisines « ethniques » font l’objet d’une adaptation aux goûts des marchés auxquels elles sont destinés (ce que déplore la reine du curry en Angleterre par exemple, Camellia Panjabi.) Quiconque s’est déjà morfondu devant la vitrine d’un traiteur chinois à Paris ne peut pas avoir le moindre doute à ce sujet (ouais, ouais, porc aigre douce… beuh). C’est dire que les goûts et les odeurs ne font pas simplement l’objet de préférences individuelles : ce sont des objets culturels, c’est-à-dire partagés et transmissibles. Et donc localisés spatialement.

A ce titre, les goûts et les odeurs ont une géographie. Aucun goût n’est universel, pas même la vanille, pourtant très populaire dans le monde occidental. Les fabricants normands de la pâte nutritionnelle Plumpy Nut s’en étaient avisés : les enfants africains à qui étaient destinés cet aliment thérapeutique n’aimaient pas son goût de vanille (pourtant un produit tropical). En revanche, comme beaucoup d’enfants à travers le monde, les enfants africains raffolent du goût de la cacahouète : même pour un produit destiné à lutter contre la sous-alimentation, le goût est important et Plumpy Nut a maintenant la cacahouète en héritage.

Les rédacteurs d’Espace et cultures avaient consacré à la géographie des odeurs un numéro spécial il y a quelques années. Périodiquement, on s’avise en effet que la géographie privilégie outrageusement le regard parmi les cinq sens et quelques courageux aventuriers de l’intellect se lancent dans une reconquête des géographies propres aux autres sens. J’ai le souvenir d’avoir lu il y a quelques années un article qui portait sur les « haptic spaces », c’est-à-dire les relations spatiales conçues par l’entremise du toucher. L’idée était bonne et faisait suite à la réintroduction du corps en géographie comme échelle d’analyse, interface sensorielle et objet politique. Mais malheureusement, cert article était surtout le prétexte à un monumental exercice de cuistrerie (mot pour lequel j’ai le plus grand mal à trouver une traduction exacte en anglais et qui me serait pourtant bien utile).

De temps en temps, une bizarrerie gustative ou olfactive me rappelle que culturellement, il existe aussi un divide franco-anglais au niveau du goût ou de l’odorat. Pour bien des Français, goûter à la Marmite (prononcer « Marmaïte ») est une expérience à la limite du bizutage, tellement ce goût de levure (yeast) est éloigné de nos habitudes. Les Anglais en raffolent, au point d’en parfumer les biscuits apéritifs (méfiez-vous si on vous propose des Twiglets avec un grand sourire : ces perfides Britanniques connaissent bien l’aversion française pour ce goût vraiment bizarre). J’ai récemment fait une expérience intéressante, qui permet de remettre l’odorat aussi en perspective historique (et pas simplement à la manière de Süsskind : il est trop simple de faire référence aux parfums, qui sont davantage susceptibles d’être exportés et donc, de faire l’objet d’un consensus culturel). Je me suis rendu compte qu’un autre best-seller olfactif en Angleterre, c’est le goudron. Je ne mens pas : cf. la photo ci-dessous, un savon acheté au supermarché du coin, parfumé au goudron.

Dans le même ordre d’idée, l’odeur phénolée du TCP (qui est aux Anglais ce que le mercurochrome est aux Français) est une véritable madeleine de Proust. Cela a eu cet effet sur la collègue avec laquelle je partage un bureau, un jour que, soignant une coupure, je baignais dans un nuage olfactif de TCP. Ca a instantanément évoqué chez elle ses égratignures enfantines, soignées avec ce vénérable antiseptique.

Irradiation médiatique

Pas un jour ne se passe sans une mention aux questions nucléaires dans l’actualité. Un jour, on s’avise que l’Angleterre exporte du plutonium vers la France. Un autre, le président français signe des contrats d’assistance technique avec tel ou tel pays. Un autre jour encore, l’Italie annonce, après la Grande-Bretagne, qu’elle va relancer le nucléaire qu’elle avait abandonné en 1987. Aujourd’hui, c’était une déclaration parallèle de Gordon Brown et de François Fillon sur la nécessité pour chaque pays de construire de nouvelles centrales nucléaires pour agir sur le prix du pétrole.

Cette actualité me va bien : c’est précisément de nucléaire dont je m’occupe en ce moment. J’avais un peu décidé de ne pas livrer ici mes réflexions sur la question (work in progress, confidentalité, tout ça) mais les récents articles du Monde appellent quelques commentaires. Deux choses m’intéressent particulièrement : d’abord, les réactions des lecteurs des sites, qui agissent (au sens de « perform ») la controverse sur le nucléaire. Je suis frappé de voir à quel point les réactions sont immédiates et instinctives, comment les lecteurs reprennent le débat en usant de termes et des formules très classiques. On a l’impression que rien n’a progressé dans cette controverse, qu’il n’y a pas eu, sur la question du nucléaire, d’apprentissage collectif qui aurait permis d’en reformuler les termes (peut-être faut-il y voir un sujet « hybride » au sens de Callon/Latour, et qu’il est donc impossible de « trancher » de manière définitive par les formes classiques du débat d’idées… d’ailleurs, soit dit en passant, je suis frappé de voir la popularité de Callon/Latour dans la géographie anglaise, ils sont accommodés à toutes les sauces, c’est réjouissant… C’est un peu comme Gordon Ramsay, on le voit partout, sur toutes les chaînes de télé, même quand il ne fait qu’expliquer comment cuire des pâtes. Mais je m’égare). Le plus neuf, dans cette histoire, c’est l’apparition du changement climatique (« le nucléaire ne produit pas de gaz à effet de serre ») : le reste a déjà été entendu cent fois.

Deuxième chose : l’absence totale d’ordres de grandeur numériques dans les commentaires. Tout se passe si on raisonnait uniquement sur des principes, jamais sur des quantités, des sommes, des flux. J’avais tendance à répéter aux quelques étudiants qui ont eu à me subir que la maîtrise des ordres de grandeur, c’est ce qui sépare la bonne géographie de la mauvaise.

L’histoire du plutonium anglais, cela dit, soulève quelques interrogations. L’Angleterre exporte donc vers la France de faibles quantités  de plutonium, transports entourés d’une discrétion certaine. Quand je dis faibles, c’est par rapport à des ordres de grandeur industriels. 1,6 tonnes, ce n’est pas grand’chose pour un produit industriel… mais reste à savoir si le plutonium est un produit industriel classique. Dans le cas présent,  l’idée, comme le rapporte Le Monde environ 3 mois après The Independent (le journalisme français est à la pointe), est de faire fabriquer en France, à l’usine Melox de Marcoule (et non de Cadarache, ami journaliste du Monde), du combustible MOX. Le MOX est un produit qui contient 93% d’uranium dit appauvri (qui contient moins d’isotope Uranium 235 que l’uranium naturel) et 7% de plutonium. Il est utilisé dans les centrales nucléaires classiques. Le MOX a toute une histoire : un peu comme l’aniline, il a été inventé pour tirer parti du plutonium dont on ne savait que faire. Le plutonium, dans l’esprit des scientifiques et des industriels des années 1960, ça servait à faire deux choses : des bombes (si je ne me trompe pas, le plutonium a une masse critique d’environ 5 kg) ; et de l’électricité, dans un type particulier de réacteurs appelés « réacteurs à neutrons rapides ». Or, les inventaires de bombes étant complets et les réacteurs à neutrons rapides n’ayant jamais réussi à passer au stade industriel (Phénix à Marcoule, ça marche bien, Superphénix, ça ne marchait pas), il fallait bien parvenir à faire quelque chose du plutonium. D’où l’idée de l’utiliser dans des centrales nucléaires « classiques », avec ce fameux MOX.

Plusieurs choses sont étonnantes dans les transports de plutonium anglais vers la France :
1. Qu’on transporte du plutonium. En général, les transports internationaux de matières radioactives de haute activité concernent des choses moins « proliférantes » que le plutonium (qui ne peuvent pas servir à faire des bombes) : des déchets nucléaires, ou du MOX déjà fabriqué comme c’est le cas vers le Japon. En revanche, en France, il y a beaucoup de transports internes de plutonium entre La Hague (sur le presqu’île du Cotentin) et l’usine de Marcoule (dans le Gard). Ces transports se font par camions banalisés et suite à une action célèbre de Greenpeace à Chalons sur Saône en 2003, toutes les informations à leur sujet sont couvertes par le secret-défense. Le transport entre Angleterre et France indique donc que les Anglais sont vraiment aux abois et ont bien du mal à honorer leurs contrats de fabrication de MOX. Et pour cause : leur usine de MOX n’a jamais fonctionné. Sur le même site (Sellafield), l’usine de séparation de plutonium (THORP) connaît des difficultés à répétition.
2. Qu’on utilise un ferry classique pour le transport et non un navire spécial (comme ceux qui ont été utilisés pour le transport de matières hautement actives vers le Japon dans les années 1990, le Pacific Pintail et le Pacific Sandpiper de la société PNTL). Ça, c’est vraiment curieux (l’argument de la proximité des deux usines paraissant assez faible). Histoire de coût ? De disponibilité des navires ? D’emballages des colis de plutonium ?
3. L’apparence de joyeux foutoir dans la répartition des responsabilités et la diffusion de l’information. Le nucléaire est probablement l’industrie la plus surveillée qui soit mais cela donne l’impression extérieurement d’un enchevêtrement des responsabilités et des procédures. Par exemple, l’ « Autorité de sûreté nucléaire » n’a pas la responsabilité de la sécurité des transports de plutonium… parce que « sûreté » et « sécurité » sont deux choses différentes dans l’industrie nucléaire, pour contre-intuitif que cela paraisse.

J’attends avec intérêt les nouveaux développements de la situation!

Les cachotteries d’HAL-TEL

J’ai eu une surprise en début de semaine. J’ai déposé en décembre 2006 ma thèse sur le site Thèses en Ligne (TEL) du CNRS, qui est un sous-service de Hyper-Archives en Ligne (HAL). Ce service m’avait été indiqué par des collègues. Il permet la diffusion de documents scientifiques : preprints d’articles, notes de cours, mémentos techniques, et donc, thèses.

Depuis fin 2006, ma thèse a été téléchargée plus de 200 fois. Le chiffre me laisse pantois. J’ai d’ailleurs parfois quelques surprises (par exemple, être cité dans … le bulletin de la section du Parti Socialiste de l’Ecole normale supérieure… Jaurès, l’environnement, les patrons voyous, tout ça… J’en rosis de confusion).

Incontestablement, TEL permet une bonne diffusion, mais finalement pas différente de celle qu’autorise un site personnel. L’avantage principal est la gratuité (il n’y a pas de frais d’enregistrement et la bande passante est prise en charge par le CNRS), et si on veut, la stabilité de la plateforme. Après mes mésaventures d’hébergeur, c’est un paramètre qui compte.
Mais cette stabilité a un prix : il est impossible à un auteur de retirer le document qu’il a déposé de la base ! Selon les mots charmants du support de HAL : « Le retrait est clairement indiqué comme impossible. » On pourrait imaginer d’autres circonstances beaucoup plus gênantes, par exemple, un article fautif que l’auteur voudrait retirer… Hé bé, pas possible… selon le support du site…

Cette position ne tiendrait probablement pas devant le tribunal d’instance, la clause de non-réversibilité de l’autorisation de diffusion d’un document paraissant abusive et surtout, très mal indiquée. Il me semble que le site gagnerait à être beaucoup plus explicite sur les contraintes qui régissent son usage. Avec le développement des sites personnels et des sites relationnels (type Facebook), et la baisse constante du coût du stockage et de la bande passante, il y a fort à parier que des alternatives plus souples peuvent se développer.

Anatomie d’une catastrophe

Entre le 22 et le 28 juin 2007, le Yorkshire a été touché par des inondations catastrophiques. Sheffield n’a pas été épargnée. La ville s’est construite dans une vallée relativement profonde : si les quartiers d’habitation anciens se trouvent sur
les versants, les usines situées le long de la rivière ont pas mal dégusté. J’habite précisément dans une ancienne zone industrielle 19e siècle reconvertie, à 50 mètres de la rivière (mais au troisième étage). Magali vous dirait qu’en transformant ainsi des zones industrielles en zones d’habitation, on prend le risque qu’il y ait davantage de victimes en cas de crue. On augmente la vulnérabilité en modifiant l’usage du sol.
Pourtant, ce n’est pas ça qui retient l’attention ici… c’est plutôt l’aléa (c’est-à-dire les paramètres physiques de la catastrophe). Il y a bien entendu les paramètres climatiques. En quelques jours, aux environs du 25 juin, ce sont 269 mm d’eau (un mm d’eau= 1 litre par mètre carré) qui se sont abattus sur la ville. La moyenne pour le mois de juin est de 69 mm. Le mois de juin a été le mois plus humide à Sheffield depuis le début des relevés, en 1887 (voir le rapport d’enquête provisoire de la commission Pitt sur le sujet).

 

Le pont sur le Don (Sheffield)

Mais il y a plus que ça, comme le montre cette PIG prise cet après-midi [coord.: 53°23’25.91″N / 1°28’31.92″O]. La scène se trouve à 100 mètres de chez moi, c’est un pont sur la rivière Don, qui fait une quinzaine de mètres de largeur à cet endroit. Plusieurs choses sont frappantes :

1. Le lit de la rivière est complètement encombré (notamment de débris de bois), ce qui empêche l’eau de circuler. Des atterrissements importants réduisent d’autant le chenal. Des arbres de haute venue avaient eu le temps de se développer dans le chenal (voir la taille des souches en bas à gauche).

2. Il y a à ce niveau une retenue d’eau industrielle (en anglais, ça se dit « weir »). Dans le centre de Sheffield, il y a quatre autres retenues similaires.

3. Une ancienne usine (« Alfred Beckett ») a été reconvertie en appartements de standing, avec vue sur la rivière.

De là, deux constatations :

1. Il y a un gros problème d’entretien de la rivière. Qui est normalement en charge de curer le cours d’eau et d’éviter ces atterrissements ? Très bonne question… sans réponse vraiment claire. Le Local Council ? L’Environment Agency ?

2. Pourquoi la retenue n’a-t-elle pas été enlevée, alors qu’elle ralentit l’eau et constitue un obstacle à sa circulation… ? A fortiori lors d’une opération de rénovation urbaine …

La réponse est nette : d’une part, la répartition des responsabilités sur la rivière définit aussi l’imputation des frais de curage (ou de suppression de la retenue). Tout le monde se refile la patate chaude, parce que personne n’a envie de payer. D’autre part, la retenue est d’origine industrielle, probablement liée aux installations hydrauliques de feu l’usine Alfred Beckett… Il y a donc fort à parier que les sédiments accumulés derrière la retenue sont bourrés jusqu’aux yeux de métaux lourds (nous sommes à Sheffield, capitale de la métallurgie) et que la prudence recommande d’éviter de remuer la vase toxique.

Pourtant, la rivière n’est pas seule en cause dans les inondations de juin 2007 : elle n’a pas vraiment débordé, comme le montre cette vidéo (la musique est un peu pénible, désolé). La ville a été inondée directement par la pluie parce que la rivière, coupée du reste de la ville par un corset de constructions à fleur de rive, ne joue plus son rôle d’exutoire naturel des précipitations. Une fois que l’eau est tombée, elle a stagné sans pouvoir s’évacuer. Le réseau de drainage artificiel est sous-dimensionné. On voit les conséquences du comblement systématique des vides urbains par la spéculation immobilière : il aurait bien mieux valu laisser des voies d’écoulement à l’eau qu’imperméabiliser systématiquement, colmater toutes les brèches urbaines et remplacer toutes les usines abandonnées par des constructions nouvelles.

 

Logements et commerces vides à côté de la rivière

Pour certains spéculateurs immobiliers, cette situation a tourné à la catastrophe : comment louer un appartement inondable, sachant qu’aucune assurance n’acceptera de l’assurer ? Tous les rez-de-chaussée avec vue sur la rivière sont vides quand les appartements sont en location, ou quand il s’agit de locaux commerciaux, comme ici [coord.: 53°23’25.91″N / 1°28’31.92″O]. Quand le propriétaire (pas très futé) l’habite, en revanche, il y a des rideaux aux fenêtres.
Et des briques sous la télé.

Attendu que l’exhaure de la mine de pechblende était défaillante…

On ne rend pas assez hommage aux Québécois. J’ai la plus grande sympathie pour ce pays, qui a la classe de mettre sur Internet un outil lexicologique spectaculaire, j’ai nommé le Grand dictionnaire terminologique, qui commence là où le Robert et Collins s’arrête (il faudrait d’ailleurs que le Robert et Collins s’arrête avant, en fait, parce que d’après les réactions que j’ai suscitées en utilisant des tournures pompées dans le dictionnaire, tout n’est pas à jour dans le gros livre bleu. Visiblement, certains jours, je parle comme une grand’mère de Cornouailles). Le GDT ne pose pas ces problèmes : c’est essentiellement un lexique trilingue à vocation technique. Il propose la traduction de termes techniques qui seraient autrement extrêmement difficiles à trouver. Je m’en sers quotidiennement. Par exemple, pour trouver la traduction en anglais de mots comme « considérants », « taux de coupure », « exhaure », « pechblende », ce genre de choses… La variété des domaines abordés est spectaculaire. Mais alors, pourquoi trilingue? Parce qu’outre le français et l’anglais, il y aussi le latin. Pour les noms de plante et d’animaux. Vous saviez, vous, que « caribou des bois » se dit « Rangifer tarandus caribou » en latin? J’ai aussi essayé pour les muscles du corps mais ça ne marche pas… Ca m’aurait intéressé de savoir dire « brachoradialis » en français ou « creux poplité » en latin. Dans la version 2.0, peut-être?

Machine à PIGs

Mon appareil numérique, un vénérable Canon Powershot A75, m’a lâché. Il a décidé de faire de toutes les photos des Jackson Pollock… Je suis donc en train de réfléchir à son remplaçant, ce qui ouvre un passionnant débat : quel est le meilleur appareil à PIGs ?
Répondre à la question suppose d’abord de repartir d’une définition de la PIG. J’admets que ma définition est floue, mais c’est un flou de bon aloi. Les formateurs de l’académie d’Orléans-Tours n’ont pas mes pudeurs de jeune fille et affirment que « l’image géographique montre un paysage dans un espace plus où moins vaste » (sic). OK, ami formateur. Disons que pour l’instant, c’est une définition heuristique. Je retiens que le paysage, plus ou moins ample, est un élément déterminant de l’image géographique. Donc, quelle est la meilleure manière de photographier un paysage ?

1. L’objectif

D’après mes lectures récentes, il faut utiliser un objectif « grand angle », qui possède un large champ de vision. Pour la PIG, un gros zoom phallique ne sera donc pas nécessaire : mieux vaudra un objectif qui permette de photographier une vaste portion du paysage sans distorsion excessive. On s’arrêtera donc, dans la course à la petite focale, avant les objectifs dits « fish eye » qui déforment les lignes droites. Et puis, une des caractéristiques les plus intéressantes de la photo numérique est la possibilité de créer, a posteriori, des panoramas (avec quelques problèmes d’harmonisation des couleurs sur lesquels je reviendrai dans un autre post). Cela serait bien plus difficile avec le produit d’un « fish eye », vu que rien ne serait droit… Bon, donc, objectif grand angle mais pas « fish eye ». Allons-y pour une focale minimale de 18 mm.

2. Le scénario de prise de vue

Deuxième aspect à considérer : le scénario de prise de vue. La PIG est-elle spontanée, prise « sur le vif » ou est-elle davantage une photo posée ? De cette considération découle un paramètre important : la taille de l’appareil. Si la PIG est improvisée, il faut se balader en permanence avec l’appareil autour du cou ou bien il faut qu’il soit suffisamment petit pour être glissé dans une poche pour en jaillir en cas de situation PIG-esque. Un peu comme un appareil photo intégré à un téléphone portable. Je soupçonne d’ailleurs certains enseignants fameux d’utiliser cette solution pour faire des photos sur le lieu de travail (ou DE leur lieu de travail)… Il me semble quand même que la PIG est davantage une photo « statique » qu’un cliché pris sur le vif. La PIG devrait rendre une certaine inertie de l’espace… donc, permet d’utiliser un appareil qui n’est pas tout petit (ce qui permet aussi d’avoir une meilleure qualité d’image et un vrai viseur). Donc ou un bridge ou un réflex numérique. Petit tour d’horizon… Les bridges sont un peu gadgétoïdes … Après lecture des commentaires de ceux qui savent, je retiens des réflex numériques d’entrée de gamme : Sony Alpha A200, Canon D400, Nikon D40x, Olympus E510 et Pentax K200D. Le gros avantage, c’est la possibilité de changer d’optique.

3. Mais où se situe la PIG ?

Troisième paramètre : les lieux de prise de vue. Si certains projets se concrétisent, je devrais cette année me retrouver dans des lieux passablement désertiques (moult poussière, sable, etc…) mais je n’oublie pas non plus que j’habite dans un endroit peu avare de précipitations. Je jette donc un œil sur les appareils « tropicalisés » (construits de manière à résister à des environnements moins amènes qu’une grande ville)…Et là, tout se dépeuple : dans une gamme de prix raisonnable, il n’en reste qu’un, le Pentax K200D. Canon et Nikon ont en outre le désavantage de n’être pas stabilisés (seules leurs optiques le sont, ce qui veut dire qu’elles ne sont pas données). Le petit Olympus a un facteur de conversion défavorable (ce qui veut dire qu’il est moins grand angle que les autres) et les optiques sont chères… Quant au Sony (qui est en fait un Minolta), l’objectif livré avec (18-70 mm) semble avoir mauvaise réputation.

Maintenant, la partie vraiment drôle : débarquer chez Jessops pour tenter de négocier le prix (£450) à la baisse… C’est ça aussi le bon côté des périodes de crise économique…